En 2024, le secteur du bâtiment comptait 440 000 entreprises en France, rassemblant 1 258 000 salariés et 396 000 non-salariés Fédération Française du Bâtiment — ce qui en fait l'un des premiers employeurs privés du pays. En 2023, 64,5 % des effectifs salariés du BTP étaient des ouvriers, 22,4 % des ETAM et 13,1 % des cadres Metiers-btp, reflétant la diversité des statuts encadrés par les conventions collectives du secteur. Et pourtant, 73 % des recrutements dans le BTP sont jugés difficiles France Travail, ce qui rend d'autant plus stratégique pour les employeurs une maîtrise précise de leurs obligations conventionnelles.
La convention collective du bâtiment est un document incontournable pour tout employeur du secteur. Elle complète le Code du travail en tenant compte des réalités du BTP : travail sur chantier, déplacements, horaires décalés, classifications multiples. Ce guide vous en présente les principales dispositions.
Qu'est-ce que la convention collective du bâtiment ?
La convention collective du bâtiment est un accord négocié entre les organisations patronales (FFB, CAPEB) et les syndicats de salariés. Elle complète les dispositions du Code du travail en tenant compte des spécificités du secteur BTP et précise notamment : les classifications et coefficients applicables selon les postes, les salaires minimaux garantis, les conditions de travail (horaires, déplacements, sécurité), les modalités de rupture du contrat, et les droits aux congés et à la formation.
Elle s'applique à toutes les entreprises dont le code APE/NAF relève du BTP, qu'elles soient ou non adhérentes à un syndicat patronal. Elle couvre tous les salariés liés par un contrat de travail (CDI, CDD, contrat de chantier), sur l'ensemble du territoire français hors DOM-TOM (sauf extension expresse).
Des règles différentes selon la catégorie de salarié
Le secteur du bâtiment est couvert par plusieurs textes distincts selon le statut :
La convention collective des ouvriers du bâtiment
CCN pour les entreprises de plus de 10 salariés (IDCC 1597)
Pour cette catégorie, il existe 9 niveaux de classifications (position 1 à 9), basés sur les qualifications et l'expérience. À titre d'exemple : P1 correspond à un manœuvre, P5 à un ouvrier professionnel, P9 à un ouvrier hautement qualifié.
CCN pour les entreprises jusqu'à 10 salariés (IDCC 1596)
Cette CCN simplifiée pour les petites entreprises reprend globalement les mêmes dispositions, avec une grille de classifications allégée à 5 niveaux au lieu de 9. Au sein de la population ouvrière du Bâtiment, la part des salariés travaillant dans des entreprises jusqu'à 10 salariés est majoritaire (58,7 %) et continue d'augmenter Metiers-btp — ce qui rend cette convention de plus en plus centrale dans le secteur.
La convention collective des ETAM
Salaires minimaux
Les salaires minimaux hiérarchiques des ETAM sont fixés à l'échelon régional. Ils varient en fonction du niveau de classification de l'emploi, défini sur la base de critères classants et de la région d'exercice. La grille ETAM comprend 8 niveaux, du niveau A (employé débutant) au niveau H (agent de maîtrise confirmé). Par exemple, pour un employé de niveau III en Île-de-France, le salaire minimum au 1er janvier 2024 s'établissait à 1 923,67 € brut mensuel sur la base de 151,67 heures.
Durée du travail et heures supplémentaires
La durée légale dans le BTP est de 35 heures hebdomadaires en moyenne sur l'année. Des aménagements du temps de travail sont possibles avec des contreparties prévues. Les heures supplémentaires sont majorées selon les règles suivantes :
Période d'essai — ETAM
La période d'essai initiale ne peut excéder 2 mois pour les employés et 3 mois pour les agents de maîtrise. Elle est renouvelable une seule fois.
Horaires décalés pour les ETAM
La convention ETAM prévoit la possibilité d'horaires décalés ou individualisés sous certaines conditions. Si un salarié ETAM est amené à travailler de nuit (entre 20h et 6h), un dimanche ou un jour férié en raison de circonstances exceptionnelles, ces heures sont majorées de 100 %.
La convention collective des cadres du bâtiment
Durée du travail
La durée de référence pour les cadres est de 39 heures hebdomadaires, sauf accord spécifique. Les heures effectuées au-delà donnent lieu aux mêmes majorations que pour les autres statuts.
Grille de salaires des cadres
Les salaires minimaux des cadres sont négociés au niveau national par les partenaires sociaux en début d'année. La grille est fixée selon cinq niveaux :
Période d'essai et préavis — cadres
La période d'essai pour les cadres est de 3 mois. En cas de licenciement, le préavis est de 2 à 3 mois selon l'ancienneté. En cas de démission, il est de 3 mois.
Contrat de travail, période d'essai et rupture
Période d'essai selon le statut
Une journée d'essai rémunérée peut être prévue avant le démarrage du contrat. En cas de rupture pendant la période d'essai, un délai de prévenance de 24h à 48h doit être respecté selon l'ancienneté.
Préavis en cas de rupture du contrat
Indemnités de licenciement
L'indemnité de licenciement est due à tout salarié ayant plus d'un an d'ancienneté (sauf faute grave) :
- Jusqu'à 10 ans d'ancienneté : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté ;
- Au-delà de 10 ans : 1/3 de mois de salaire par année d'ancienneté.
Pour en savoir plus sur le calcul de l'indemnité de rupture conventionnelle, consultez le guide dédié.
Congés payés, congés spéciaux et arrêt maladie
Congés payés
La convention collective BTP fixe à 2,5 jours ouvrables de congés par mois travaillé, soit 30 jours ouvrables par an. La période de référence s'étend du 1er avril au 31 mars de l'année suivante. C'est la caisse des congés payés du BTP qui se charge du calcul et du versement des indemnités — contrairement à la plupart des autres secteurs où c'est l'employeur qui gère directement.
La gestion des congés est un point de vigilance particulier dans le BTP, compte tenu de ce fonctionnement spécifique.
Congés spéciaux
Congés parentaux
La durée du congé parental dans le BTP est celle prévue par le Code du travail. À noter une particularité propre à la convention : les 3 jours d'autorisation exceptionnelle accordés à la naissance d'un enfant viennent s'ajouter à la durée légale du congé paternité.
Arrêt maladie
Les droits à l'indemnisation en cas d'arrêt maladie dépendent de l'âge et de l'ancienneté dans la société. Un délai de carence de 3 jours s'applique dans le BTP.
Les indemnités de petits déplacements dans le bâtiment
Les ouvriers du BTP travaillant sur des chantiers éloignés de leur domicile bénéficient de trois indemnités distinctes, regroupées sous l'appellation "indemnités de petits déplacements". Ces barèmes sont déterminés au niveau régional et révisés régulièrement.
L'indemnité de repas (prime de panier BTP)
Sachant que les ouvriers travaillent sur des chantiers sans possibilité de cantine, ils bénéficient d'une prime de panier BTP. Son montant est déterminé par accord paritaire régional. À titre d'exemple, en 2024, cette prime a été fixée à 13 € en Alsace et à 14 € en Normandie.
L'indemnité de transport
Cette indemnité couvre les frais engagés quotidiennement par le salarié pour se rendre sur le chantier et en revenir. Son montant forfaitaire varie selon la zone concentrique dans laquelle est situé le chantier par rapport au siège social de l'entreprise ou à la mairie du chef-lieu. Le calcul se fait au niveau régional.
L'indemnité de trajet BTP
L'indemnité de trajet compense financièrement la contrainte pour l'ouvrier de se rendre quotidiennement sur le chantier avec son propre véhicule. Son montant forfaitaire varie selon la zone concentrique du chantier par rapport au point de départ. Les zones concentriques sont espacées de 10 km à vol d'oiseau. Le point de départ retenu est le siège de l'entreprise ou la mairie du chef-lieu — et non le domicile du salarié.
La prime de vacances BTP
Une prime de vacances est également attribuée aux ouvriers ayant cumulé 1 675 heures de travail sur la période du 1er avril au 31 mars de l'année suivante (ou 1 503 heures sur la base de 35h/semaine). Elle s'élève à 30 % de l'indemnité de congés payés calculée sur 24 jours ouvrables.
Les horaires décalés dans le bâtiment
Pour les ouvriers
La convention collective nationale des ouvriers (entreprises de plus de 10 salariés) prévoit des horaires individualisés qui peuvent être aménagés d'un commun accord, notamment pour le personnel sédentaire, avec possibilité de reporter des heures d'une semaine à l'autre. Pour les travaux urgents ou continus, les ouvriers peuvent travailler le samedi ou le lundi, à condition de bénéficier d'un repos compensateur équivalent dans un délai de 5 semaines.
La gestion des plannings de chantier intégrant ces contraintes spécifiques est un vrai levier d'optimisation pour les entreprises du BTP.
Pour les ETAM
La convention des ETAM fixe la durée légale à 35 heures hebdomadaires. Les heures supplémentaires doivent rester exceptionnelles. Les heures travaillées de nuit (entre 20h et 6h), le dimanche ou les jours fériés sont majorées de 100 %.
Dispositions générales
Dans tous les cas, la durée maximale journalière est de 10 heures. Les heures entre 20h et 6h sont considérées comme travail de nuit et majorées en conséquence.
Les congés intempéries dans le BTP
Les congés intempéries constituent une particularité propre au secteur du bâtiment. Lorsqu'une météo extrême empêche le travail sur chantier, ce dispositif permet de suspendre l'activité tout en maintenant une indemnisation des salariés.
Pour en bénéficier, le salarié doit avoir travaillé 200 heures sur les 2 mois précédents et être présent lors de l'arrêt de chantier. L'indemnité couvre jusqu'à 75 % du salaire horaire, dans la limite de 55 jours par an. L'employeur avance le paiement et se fait ensuite rembourser par la Caisse de congés intempéries du BTP (CIBTP).
Les emplois-repères dans le bâtiment : un outil clé pour les classifications
La convention collective du bâtiment propose des emplois-repères pour chaque catégorie de personnel (ouvrier, ETAM, cadre). Il s'agit de descriptions-type de postes permettant d'attribuer le bon niveau de classification et le coefficient correspondant.
Un mauvais classement peut exposer l'entreprise à un salaire en dessous des minimas légaux, un risque de litige en cas de rupture du contrat ou un redressement lors d'un contrôle. Il est donc essentiel de s'appuyer sur les emplois-repères pour positionner correctement chaque salarié dans la grille.
Évolution des CCN du bâtiment
Dans un effort de simplification, une négociation en 2018 a permis de supprimer 45 conventions collectives locales désuètes qui complétaient les CCN nationales des ouvriers du bâtiment. Le contenu des CCN nationales a également été actualisé pour répondre aux nouvelles préoccupations des entreprises : heures supplémentaires, indemnités de déplacement, etc. Des négociations restent en cours pour réviser les classifications, valoriser l'expérience terrain et mieux encadrer le CDI de chantier.
Pour un autre grand secteur industriel encadré par une convention collective nationale, vous pouvez consulter le guide dédié à la convention collective de la métallurgie.








