Démission d'un salarié : obligations de l'employeur [Guide complet]
Selon la DARES, plus de 510 000 démissions de CDI ont été enregistrées au 2e trimestre 2023 en France, un niveau qui reste historiquement élevé depuis la vague de la « Grande Démission » post-Covid. La démission est une rupture du contrat de travail exclusif au salarié. Si l'employeur n'a pas grande influence sur cette décision, la jurisprudence exige un certain nombre d'obligations envers son salarié. Le non-respect de ces dernières peut entraîner des sanctions. Quelles sont les obligations de l'employeur envers un salarié qui démissionne ?
Démission : définition légale et rappels
Le Code du travail stipule clairement dans l'article L. 1231-1 que tout salarié souhaitant mettre fin à son contrat de travail est libre de donner sa démission à son employeur. Cette dernière doit venir de sa propre initiative. On peut définir la démission comme « un acte unilatéral par lequel le salarié manifeste de façon claire et non équivoque sa volonté de mettre fin au contrat de travail ».
Indépendamment du contexte, une démission doit remplir les critères suivants pour être réglementaire : la décision doit être unilatérale et exclusive au salarié, elle concerne la rupture d'un contrat à durée indéterminée (CDI), le salarié doit manifester sa volonté clairement, et la décision doit être prise sans interférence ni pression de la part de l'employeur.
Démission, rupture conventionnelle et licenciement : quelles différences ?
Les obligations de l'employeur en cas de démission
1. Vérifier la volonté du salarié
La pleine volonté de démission du salarié est nécessaire pour que celle-ci soit légale. Dans le cas contraire, cette dernière peut se voir remise en cause, voire requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Il est du devoir de l'employeur de s'assurer du consentement libre du salarié.
La volonté de démission n'est pas libre dans les cas où le salarié a subi des pressions de la part de son employeur, est victime de harcèlement, ou a été contraint de prendre sa décision sous influence. La démission peut également être remise en cause si elle a été donnée sous le coup de la colère ou de l'émotion, suivie d'une rétractation rapide.
2. Réceptionner la lettre de démission
Lorsqu'un salarié informe son employeur de son intention de quitter l'entreprise, il s'agit d'un acte unilatéral. L'employeur n'a pas à y répondre formellement. La loi n'impose aucune forme particulière pour notifier la démission (article L1237-1 du Code du travail), mais le contrat de travail ou la convention collective peut imposer un formalisme strict.
Si le salarié transmet sa démission par lettre recommandée avec accusé de réception, l'employeur doit signer l'accusé de réception. Si elle est remise en main propre, il est important de signer le récépissé. Ce document servira de preuve quant à la réalité et à la date de la démission.
3. Gérer le préavis
En cas de démission, l'existence du préavis et sa durée sont fixées par la loi, la convention collective ou un accord d'entreprise (article L1237-1 du Code du travail). Le décompte du préavis commence le lendemain du dépôt de la demande de démission.
L'employeur dispose de plusieurs options concernant le préavis :
Si le salarié n'effectue pas son préavis sans l'autorisation de l'employeur, ce dernier ne peut pas le sanctionner directement ni s'auto-indemniser en prélevant des sommes sur le dernier salaire. Il peut en revanche saisir le Conseil de Prud'hommes pour demander réparation du préjudice subi.
Le salarié peut demander par écrit à l'employeur de réduire la durée de son préavis, notamment s'il a trouvé un nouvel emploi. En l'absence de réponse de l'employeur, le salarié doit considérer que sa demande est refusée.
4. Remettre les documents de fin de contrat
Selon les articles D. 1234-6, L. 1234-20 et R. 1234-9 du Code du travail, à la démission d'un salarié, l'employeur doit lui remettre les documents suivants :
5. Verser les indemnités dues
Contrairement à la rupture conventionnelle ou au licenciement, la démission ne donne pas droit au versement d'une indemnité de rupture du contrat de travail. L'employeur est néanmoins tenu de verser les sommes suivantes :
Une fois les documents remis et les sommes versées, les deux parties sont libérées de leurs obligations l'une envers l'autre. L'employeur ne doit en aucun cas s'auto-indemniser en prélevant des sommes sur le dernier salaire du salarié.
La démission peut-elle être contestée ?
Le salarié souhaite revenir sur sa décision
La jurisprudence admet que le salarié revienne sur sa décision de démissionner à une condition stricte : sa volonté n'était pas claire ou équivoque. C'est le cas lorsque la démission a été donnée sous le coup de la colère, de l'émotion, sous l'emprise de substances psychotropes, ou sous la pression de l'employeur. La rétractation doit être notifiée rapidement. Dans ces conditions, l'employeur a l'obligation de réintégrer le salarié.
L'employeur conteste la démission
L'employeur ne peut refuser la démission, mais il peut contester ses modalités et obtenir réparation en cas de préjudice. L'article L1237-2 du Code du travail autorise l'employeur à demander des dommages et intérêts en cas de démission abusive. Est notamment considérée comme abusive la démission à une période d'activité intense où le rôle du salarié est indispensable, ou la démission entraînant d'autres membres de l'entreprise, créant une désorganisation interne. L'employeur doit pouvoir prouver l'intention de nuire du salarié.
CDD : les alternatives à la démission
La démission n'est pas possible pour un salarié en CDD. Pour quitter l'entreprise avant le terme contractuel, il doit procéder à une rupture anticipée :
FAQ : Démission d'un salarié
Quelles sont les obligations d'un salarié qui démissionne ?
Le salarié qui démissionne doit manifester sa volonté de manière claire et non équivoque, respecter le préavis prévu par la convention collective ou le contrat de travail, et continuer à exécuter ses missions normalement pendant la période de préavis.
Quelles sont les 5 obligations de l'employeur ?
En cas de démission, l'employeur doit : vérifier que la démission résulte d'une volonté claire et non équivoque, réceptionner la lettre de démission, gérer le préavis (dispense ou exécution), remettre les documents de fin de contrat (attestation France Travail, certificat de travail, reçu pour solde de tout compte), et verser les indemnités dues (congés payés non pris, indemnité de préavis le cas échéant).
Quels sont les droits d'un employé qui démissionne ?
Le salarié démissionnaire a droit au versement de son dernier salaire, à l'indemnité compensatrice de congés payés non pris, à l'indemnité compensatrice de préavis si l'employeur le dispense de préavis, et à la remise de ses documents de fin de contrat. En revanche, il n'a pas droit aux allocations chômage sauf dans certains cas de démission légitime.
Quel est le droit de démission pour un salarié en CDI ?
Tout salarié en CDI peut démissionner librement à tout moment, sans avoir à motiver sa décision (article L. 1231-1 du Code du travail). Il doit simplement respecter le préavis prévu. L'employeur ne peut en aucun cas refuser la démission puisqu'il s'agit d'un acte unilatéral. En cas de démission durant un congé parental, des règles spécifiques s'appliquent.


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